Mourir aux portes de l’Europe
Mise à jour de la carte de Migreurop
Document réalisé par Nicolas Lambert avec Observable Notebooks 2.0
CNRS / UAR RIATE - Centre pour l’analyse spatiale et la géovisualisation
Les cartes de sont générées automatiquement à l’aide de la bibliothèque JavaScript geoviz.
Dernière mise à jour :
« Il ne faut pas essayer de fixer l’Homme, puisque son destin est d’être lâché »
Frantz Fanon, 1952
Entre le 1er janvier 1993 et , personnes sont mortes en migration en tentant de rejoindre l’Europe. Noyades, asphyxies, accidents, écrasements, empoisonnements, explosions sur des champs de mines, morts de faim, de soif, d’épuisement, absence de soins médicaux, violences policières, etc. autant de tragédies humaines qui auraient pu être évitées.
Les données utilisées ici sont issues de 3 sources de données. Les données de 1993 à 1999 sont issues de l’association UNITED for Intercultural Action, une organisation européenne de solidarité avec les migrants. Les données de 2000 à 2013 sont issues du projet de data journalisme " The Migrants Files", une initiative journalistique qui a collecté des données sur les morts de migrants à travers le monde. Enfin, les données de 2014 à aujourd’hui sont issues de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), qui collecte des données sur les morts de migrants à travers le monde.
⚠️ Il s’agit donc d’une compliation de 3 bases de données différentes réalisées selon des méthodologies et des objectifs différents. Ce qui n’est pas sans poser quelques biais (définitions, effets de sonde, comparabilité, etc.)
Les données sont téléchargées et mises en forme dans un script R qui génère un fichier CSV unique. Ce script est disponible dans le dossier data du projet et est exécuté automatiquement au moment du build, pour produire des mises à jour. Dans ce même dossier, vous trouverez également les fichiers de données brutes telles qu’elles ont été téléchargées et le fichier final data.csv qui est utilisé pour la cartographie.
Les données incluent des coordonnées géographiques, ce qui permet de créer une première carte où le nombre de morts est représenté par des cercles proportionnel.
⚠️ Il y a ** cercles** sur la carte, ce qui peut poser des problèmes de lisibilité. Il y a beaucoup de superpositions. Beaucoup de cercles sont masqués.
Pour régler ce problème, il est possible d’agréger les cercles en fonction de leur localisation. Pour cela, nous utilisons l’algorithme de clustering DBSCAN (Density-Based Spatial Clustering of Applications with Noise), qui regroupe automatiquement des points en fonction de leur densité spatiale, sans avoir besoin de fixer à l’avance le nombre de groupes. En faisant varier le paramètre de distance (epsilon), le rayon dans lequel on cherche les voisins varie. Cela permet de produire des cartes plus ou moins agrégées.
Avec l’option dodge de la bibliothèque geoviz, il est possible d’écarter les cercles superposés pour améliorer la lisibilité.
Les deux cartes présentées ci-dessus couvrent l’ensemble de la période, de 1993 à aujourd’hui. Pour rendre compte de l’évolution dans le temps, il est possible de décomposer la carte par année et de créer plusieurs petites cartes juxtaposées. C’est le principe des small multiples.
D’autres représentations sont possibles. La représentation en carroyage permet, par exemple, de visualiser les zones où le nombre de décès est le plus élevé.
La représentation lissée (méthode d3.controurDensity) permet de visualiser les zones où le nombre de décès est le plus élevé, tout en produisant une carte facile à lire. Le paramètre de lissage (bandwidth) permet de faire varier le niveau de détail de la carte.
La première carte des morts a été conçue et produite par Olivier Clochard dans les années 2000-2002, et publiée en 2003 dans un numéro des Cahiers d’Outre-Mer (voir). Elle a ensuite été retravaillée et mise à jour avec Philippe Rekacewicz, pour une publication dans le Monde Diplomatique en 2006 (voir). Puis, elle a été retravaillée et mise à jour à nouveau à plusieurs reprises par le réseau Migreurop (voir).
Pour reproduire la carte de Migreurop, plusieurs étapes sont nécessaires :
- Séparer les données selon la cause du décès (« Noyade », « Suicide », « Asphyxie », « Mort de faim, de soif, de froid ou d’épuisement », « Homicide, torture, absence de soin, violences policières », « Empoisonnement », « Champ de mines, accident, autre »).
- Effectuer une agrégation avec DBSCAN pour chaque catégorie (distance = 100).
- Assembler l’ensemble des données dans un seul fichier.
- Ajouter une légère variation aléatoire aux coordonnées.
- Réaliser la carte.
- Finaliser l’habillage et la mise en page (labels, couleurs, etc.).
Et voilà le résultat 👇
En 1952, dans Peau Noire, Masques Blancs, Frantz Fanon écrivait les mots suivants : « Il ne faut pas essayer de fixer l’Homme, puisque son destin est d’être lâché ». Cette phrase résonne ici avec force. Oui, depuis la préhistoire, l’humanité s’est toujours déplacée à la surface du globe, mais également sous l’eau et dans l’espace. La mobilité fait partie intégrante de l’histoire humaine. Ce qui l’est moins, c’est cette volonté d’empêcher ces mouvements. Notez, qu’ils ne sont pas empêchés pour tous. Il est très facile de traverser les frontières et voyager à travers le Monde dès lors que l’on est un riche habitant d’un pays riche. Mais cette mobilité est systématiquement entravée pour les ressortissants des pays du Sud. La frontière est donc profondément inégalitaire et dissymétrique. Elle matérialise un rapport de domination entre les pays du Nord et les pays du Sud. Alors que faire ? Bien sur, contester cet ordre mondial. Mais aussi, rappeler que le lieu de naissance est un hasard de la vie. Qu’il n’y a pas de crise migratoire mais une crise de l’accueil et de la solidarité. Et que ces morts ne sont pas une fatalité. Une conclusion s’impose : Liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous.
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Nicolas Lambert / Migreurop, 2026
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